22.1.16

Bonjour à toutes et à tous,


L’année 2015 a été éprouvante pour beaucoup et plus que jamais, il est nécessaire de se battre contre l’obscurantisme.

Nos armes pour répondre à cette violence : la solidarité, l’éducation, la fraternité.

Depuis des années et grâce à votre soutien, Afghanistan Demain a pu offrir à de nombreux enfants une école, une écoute, et un projet d’avenir afin qu’ils puissent grandir, s’instruire et construire, demain, un monde meilleur.


C’est dans cette espérance que nous vous remercions de votre aide et que nous vous souhaitons une année 2016 emplie de paix, de joie et bien sûr de solidarité.



A très bientôt,


Toute l'équipe d'Afghanistan Demain.

5.1.15

Afghanistan, gagner les coeurs et les esprits


Voici la réédition mise à jour, aux Presses Universitaires de Grenoble, de l’ouvrage « Afghanistan, gagner les cœurs et les esprits », initialement paru en 2011, dans lequel universitaires, journalistes, humanitaires, croisent leurs analyses quant aux raisons qui alimentent encore la guerre dans le pays, posent le bilan de la décennie écoulée et postulent, pour le futur, d’autres scénarios que ceux d’une violence continue.

Cette réédition est couplée à un site compagnon, sur lequel il est possible de télécharger des cartes actualisées qui présentent l’Afghanistan dans sa dimension géographique, ethnolinguistique, tribale, et offre de nombreuses autres données pour prolonger et visualiser celles présentes dans le livre (http://afghanistangagnerlescoeurs.jimdo.com/cartes/).

Celui-ci est rédigé sous la direction de Pierre Micheletti, ancien Président de Médecins du Monde France, actuellement professeur associé à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, qui a mené plusieurs missions humanitaires en Afghanistan et signe ici l’introduction et la conclusion de l’ouvrage. 
C’est lui que nous avons choisi d’interviewer, afin qu’il nous donne les clés d’une bonne compréhension de la situation actuelle de l’Afghanistan.

Trente ans de conflits, dont douze depuis l’arrivée de la coalition internationale en 2001, n’ont-ils pas instauré une « économie de guerre » extrêmement profitable à tous les acteurs (seigneurs locaux, talibans, classe politique affairiste, sous-traitants privés occidentaux), qu’une transition vers une paix durable priverait d’une situation de confort ?

Oui, en effet. Les dividendes de la production d’opium, les détournements de l’aide civile et militaire, le juteux commerce de la protection - par des sociétés privées -  de personnalités politiques et des convois, le pillage des richesses du sous-sol, et les bakchichs en tous genres aux postes frontières sont des pratiques solidement implantées. Ces activités profitent tant à des potentats issus de la société afghane, qu’à des personnes et/ou des groupes étrangers. Une paix durable, du moins si elle permettait enfin l’instauration d’une État de droit et une lutte efficace contre les trafics et détournements en tous genres, remettrait en question ces sources énormes de richesse, pour ceux qui tirent les ficelles comme pour toute la chaîne de bénéficiaires de ces revenus.

Le sentiment général est que, une fois les troupes étrangères parties, il ne faudra pas longtemps aux talibans pour renverser une gouvernance installée « par dépit » lors des dernières élections (il a été préféré un partage du pouvoir entre les deux finalistes, messieurs Ghani et Abdullah, plutôt que de s’appesantir sur les fraudes massives et les irrégularités qui ont envoyé ces deux candidats au second tour et les ont ensuite empêché de se différencier), et dont le bras sécuritaire (armée, police) ne s’étend pas plus loin que Kaboul et sa proche périphérie. Les récents évènements (attaque du centre culturel dans la capitale, vagues quotidiennes d’attentats, autre assaut sanglant dans une école de Peshawar, lequel pointe le facteur transfrontalier du conflit), ne vont-ils pas dans le sens d’un proche contrôle du pays par ceux qui en ont perdu les rênes en 2001 ?

L’analyse rétrospective des actions violentes en Afghanistan nous apprend que deux phénomènes sont récurrents : la saisonnalité des actions armées pendant les mois d’été et la recrudescence des attaques avant chaque échéance politique importante. Quand l’hiver est installé dans le pays, du fait des difficultés de déplacement liées au relief et à la neige, le nombre d’actions violentes dans les provinces diminuent globalement en valeur absolue pour se concentrer sur le milieu urbain toujours plus accessible. Nous y sommes à nouveau. Mais dans le cas présent, ce principe de réalité géographique et climatique se télescope avec la fin annoncée du retrait du contingent de la coalition internationale, dont les effectifs ont atteint un paroxysme (vers 2009-2010) avec 130 000 hommes, pour, à partir de 2015, être réduits à environ 15 000 soldats étrangers (majoritairement des États Unis d’Amérique) mobilisés sur des actions de formations et de soutien ponctuels à l’ANA (Armée Nationale Afghane). Comme à chaque échéance les groupes armés les plus puissants de l’insurrection « occupent le terrain » par des actions violentes et spectaculaires afin de montrer leur capacité à agir militairement. Pressentant que tôt ou tard viendra le temps de la négociation, ils instaurent un rapport de force qui les identifie comme des interlocuteurs incontournables. Ceci dit, les différents événements que vous évoquez, qui se cumulent pour aboutir en effet à un sentiment global de terreur et de fragilité du régime en place, sont parfois le fait de groupes distincts, dont les logiques et les chaînes de commandement ne sont pas nécessairement communes ou unifiées.

La stabilité d’un pays passe obligatoirement par une bonne assise économique. Or, le livre dresse le dur constat d’un modèle paysan en pleine faillite, qui préfère la culture du pavot, pourtant à peine plus rentable pour le cultivateur, ce qui conduit le pays à toujours rester dépendant des exportations, à ne même pas être en autosuffisance alimentaire. Dans les villes, une grande partie des emplois dépendait de la présence des forces étrangères, leur départ conduit à une hausse mécanique de la criminalité, du fait de la hausse abrupte du chômage. Ce bilan peut-il être nuancé ?

C’est une question complexe. Mais elle est bien sûr cruciale pour la population afghane.
Durant l’année 2012, deux réunions internationales ont eu lieu, de première importance pour l’avenir du pays, en ce qu’elles formalisèrent le soutien militaire et non-militaire qui sera apporté à l’État afghan par les pays donateurs ou engagés militairement au sein des forces de la coalition internationale.                                                                                                 
Le sommet de l’OTAN à Chicago s’est tenu au mois de mai 2012. Il a entériné le principe du maintien d’un effort financier à hauteur de 4,1 milliards de dollars par an jusqu’en 2014 pour soutenir les forces armées afghanes.  En juillet de la même année, se tenait le deuxième sommet de Tokyo, le premier avait eu lieu en 2002 pour jeter les bases de la « reconstruction » du pays, après la défaite des talibans. Il a réuni les pays donateurs, les organisations internationales et le gouvernement afghan pour discuter du développement du pays sur le long terme. Dans un pays où le PIB est estimé à 17,24 milliards de dollars (2010), une étude récente de la Banque Mondiale souligne que les revenus afghans seront, pendant des années, incapables de couvrir les dépenses de l’État. Si on en croit les canons de cet organisme, et le modèle économique qu’il préconise comme financeur, le déficit budgétaire est estimé à 21% en 2025, avec un pic à 39% en 2014, avec des dépenses de sécurité qui représenteraient près des trois-cinquièmes du déficit accumulé jusqu’en 2025.
Même s’il n’y avait pas de convulsion politique majeure après le retrait de la coalition, il est donc établi que le budget de l’État sera largement déficitaire en 2016 et 2017, du moins si le pouvoir en place veut maintenir un niveau de ses forces armées à la hauteur des ambitions affichées par les stratèges du Pentagone (et malgré les forts taux de désertion chronique que connaît l’ANA de longue date).
C’est le premier élément de l’équation économique globale.
Une détérioration politique qui entrainerait le pays dans une violence à grande échelle viendrait affaiblir encore l’État. C’est malheureusement un scénario envisageable, même s’il n’est pas certain, et que personne ne peut prédire avec certitude ce que peut donner la situation politique à partir de 2015.
Reste également à savoir si ce qui a été promis à Tokyo, sera honoré par les pays donateurs avec une activité internationale qui multiplie les crises majeures (RCA, Soudan du Sud, Syrie, Irak…). Le risque est en effet important qu’on assiste à une sortie des « écrans radar » de l’Afghanistan, les grandes puissances –et leurs opinions publiques – étant tout absorbées par les crises citées ci-dessus. Elles seront alors tentées de vendre le scénario du « tout va bien, preuve en est que la coalition s’est retirée, mission accomplie »…
Cependant les mécanismes économiques que vous évoquez ne disparaîtront pas comme par enchantement. L’état de la petite paysannerie est à cet égard emblématique d’une agriculture profondément déstructurée par des mesures qui remontent à la période soviétique (79-89) et aux profonds chamboulements culturaux alors mis en place par des ingénieurs soviétiques. Ils  ont fait fi des pratiques ancestrales, en matière de choix des productions comme des procédés d’irrigation.  Aujourd’hui d’autres mécanismes sont en œuvre, qui renforcent la dépendance des agriculteurs vers la production d’opium. Il s’agit en particulier des systèmes de prêts usuriers consentis aux agriculteurs pour optimiser les rendements sur les terres consacrées à la production de pavot. Les niveaux d’endettement pour payer les intrants sont tels, que seule la production de pavot permet d’y faire face, maintenant le monde rural dans une dépendance qui la détourne des techniques ancestrales préoccupées d’auto suffisance alimentaire.
La récolte de pavot de 2006 se montait à 6 100 tonnes, puis 8 200 tonnes en 2007, 7 700 tonnes en 2008 et 6 900 tonnes en 2009. Pire, à l’heure ou s’achève le retrait de la coalition, la production de drogue connaît une nouvelle accélération. Pour la seule année 2011, la production d’opium a connu une hausse de 7% dans le pays. Les données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) plaident pour un accroissement notable de la production en 2013. Une enquête réalisée par cet organisme fin 2012 dans 546 villages du pays laisse apparaître une augmentation de 30% des surfaces plantées. La production de drogue est dès lors estimée à 60% du PIB afghan.


Toujours au plan économique, on constate un renforcement récent des liens entre l’Afghanistan et la Chine, laquelle semble être prête à investir massivement dans les infrastructures et l’exploitation minière. Au-delà des considérations politiques – la Chine craignant une connexion entre les talibans et les militants indépendantistes ouïghours -, ce nouveau géant a-t-il les moyens, la volonté, d’infléchir le destin afghan ?

La Chine est l’un des acteurs majeurs de l’équation régionale. Or par son positionnement géographique, l’Afghanistan est au cœur d’une équation complexe qui met en jeu la coalition internationale, mais tout autant les poids lourds des relations internationales que sont l’Iran, la Russie, le Pakistan – et donc par ricochet l’Inde dans la longue rivalité que se livrent ces deux pays – et enfin la Chine. C’est ce qui fait dire à Georges Lefeuvre, l’un des co-auteurs de l’ouvrage, que l’Afghanistan est pris dans un « big game » qu’il décrit comme relevant d’une logique de « tectonique des plaques », tant les forces en présence sont puissantes.
La Chine partage avec la Russie une préoccupation double : elle redoute une contamination de ses provinces limitrophes par un Islam radical ; et elle craint les effets délétères liés à la production et à la consommation des dérivés du pavot que sont l’opium et l’héroïne. Ce qui rappellerait à ce pays des pans de son histoire qu’il souhaite définitivement révolus.
Mais la Chine est aussi le champion du réalisme politique et économique. Son attitude et ses positionnements sont d’abord dictés par des considérations commerciales et la volonté d’accéder aux extraordinaires ressources minière de l’Afghanistan, ressources dont elle est grosse consommatrice. Il est donc peu probable que la Chine sorte de cette posture, même si dans le « big game » évoqué précédemment, elle est l’alliée attentive du Pakistan, avec lequel elle a en partage une commune suspicion et rivalité avec l’Inde…Ces dernières années « l’Empire du milieu » a fait de gros efforts, en parallèle aux projets de coopération économique avec l’Afghanistan, sur le soutien liés à la protection et à la valorisation de certains sites historiques, parfois du reste précisément sur des territoires où ses ambitions d’extraction minière avaient révélé et mis en danger des lieux de riche patrimoine. 
 
L’ouvrage aborde aussi la question des PRT et l’amalgame de plus en plus souvent fait entre militaires et acteurs humanitaires. Vous qui êtes intervenu plusieurs fois sur place, quelles sont les implications concrètes de ce mélange des genres, et pourquoi a-t-on l’impression que c’est à présent une stratégie établie sur tous les théâtres d’intervention ?

Le titre même de l’ouvrage « Gagner les cœurs et les esprits » traduit l’ambigüité qui consiste à manier de concert l’aide humanitaire et l’action militaire. La formule elle-même semble avoir été utilisée pour la première fois en 1952 par l’armée britannique en Malaisie, alors colonie anglaise, pour faire face à un mouvement de révolte et de grève d’une partie de la population. L’armée française en fera un large usage pendant la guerre d’Indochine.  
Les PRT (Provincial Reconstruction Teams = équipes de reconstruction provinciales) ne sont au fond que la dernière déclinaison contemporaine de stratégies anciennes. Il s’agit d’actions - comme par exemple la reconstruction d’écoles ou de dispensaires- mises en œuvre par les forces armées de la coalition.
Le président Bush résumait cette stratégie par une formule choc : « Bombs and bread » (Des bombes et du pain…).
Ce qui est nouveau, et fait de l’Afghanistan une sorte de « laboratoire », c’est la mise à contribution, à large échelle, d’alliances entre troupes de la coalition et ONG internationales au service de ces stratégies visant à « gagner les cœurs et les esprits »
Ici ces nouvelles doctrines militaires ont cherché à influencer le positionnement des ONG. Les plus dépendantes financièrement, ou les plus politiquement perméables à ces discours ont, par leur proximité avec les forces armées internationales, modifié la perception à l’égard de la communauté humanitaire tout entière. Malgré son polymorphisme réel, le mouvement humanitaire ne peut plus aujourd’hui échapper complètement à un brouillage de l’image de sa neutralité et de son impartialité aux yeux d’une partie des belligérants, et ce bien au-delà du théâtre afghan, conduisant à une relative paralysie du mouvement humanitaire sur la scène internationale.
Les ONG qui veulent réaffirmer leur indépendance vis-à-vis des stratégies militaro-humanitaires, soutenues en cela par le CICR (Comité International de la Croix Rouge), se trouvent ainsi devant la nécessité de revenir aux fondamentaux de l’action humanitaire en se dégageant de la logique dans laquelle certains États de la coalition ont voulu les placer, au premier rang desquels les États-Unis et la Grande Bretagne.
Aussi, pour pouvoir agir sur tout le territoire, les organisations humanitaires internationales non gouvernementales, se trouvent-elles, de fait, devant le choix d’établir le contact avec les talibans pour négocier un réel accès aux populations en difficulté. 

A lire entre les lignes des chapitres consacrés à la question humanitaire, on a le sentiment que l’aide apportée aux populations ne relève plus que des seules ONG, qu’il y a comme un transfert entres les responsabilités des gouvernants – quels qu’ils soient – et l’action de ces dernières. Avez-vous le sentiment que cela correspondrait à une volonté de sous-traiter à moindre coût l’effort humanitaire, qu’il y aurait comme une internationalisation du modèle américain, lequel délègue de plus en plus la gestion de ses services sociaux à des associations et encourage la charité privée ?

On peut comprendre et donc répondre à votre question de différentes façons.
Il y a certes dans la sociologie et l’histoire politique des États Unis d’Amérique, une tradition qui conduit à déléguer à des organisations caritatives un certains nombres de services sociaux ou médicaux aux plus démunis. Les ONG humanitaires américaines n’échappent pas complètement à cet héritage. Mais dans le cas de l’Afghanistan les alliances sont plus complexes car celles qui sont sur cette ligne deviennent alors de véritables auxiliaires des troupes de la coalition internationales. Et dans le contexte, cela n’a rien d’anodin.
En fonction des nouveaux rapports de force politiques qui s’établiront dans le pays, trois critères permettront de maintenir les interventions : la façon dont le gouvernement prendra en charge les défaillances déjà repérées dans son fonctionnement actuel, la capacité des ONG à agir sur les marges et à pointer les manques, ailleurs sur le territoire afghan. 
Mais sur ce dernier aspect reste à savoir si les conditions de sécurité leur permettront de demeurer sur place, et d’être actives…»  L’attitude des talibans à l’égard des ONG internationales reste en effet hypothétique. Il est vrai que d’aucunes ont eu un positionnement qui a pu traduire un manque de neutralité dans le conflit[1] [2]. Celles concernées par une telle posture pourraient dès lors être conduites à la paralysie ou au sauve-qui-peut dans les mois à venir, pour certaines dans l’ombre de leurs mentors de la coalition internationale.

Pour conclure, quels sont les atouts de l’Afghanistan pour enfin sortir d’une violence endémique qui engloutit génération après génération ? Sa jeunesse (plus de 60% de la population a moins de 30 ans) peut-elle être un facteur déterminant si elle est déterminée à changer de modèle ?

Là encore la réponse n’est pas facile.
En Afghanistan comme ailleurs, la construction d’un Etat de droit ne se décrète pas de l’extérieur, par imposition d’un modèle d’organisation politique centralisé, copier-coller de l’histoire politique des pays occidentaux. L’Afghanistan c’est aussi l’illustration d’un échec des stratégies du « Nation buiding », sur le modèle onusien ou occidental.
Au plan militaire,  socio-économique et politique, les 14 années de présence de la coalition internationale n’ont rien résolu pour une large majorité de la population afghane.
Considérer la place des talibans dans l’équation politique, c’est ipso facto ne pas réduire les causes de la violence, comme on a parfois pu le faire, à une lecture exclusivement religieuse, mais considérer le rôle majeur des problèmes endémiques qui perdurent, dont les talibans font un usage politique et un moteur du conflit armé.
L’État afghan est défaillant dans sa capacité à se déployer partout sur le territoire national. Ainsi 60% de la population rurale vit à plus d’une heure de transport de toute structure de santé. Si les taux de mortalité maternelle se sont nettement améliorés depuis 2005, le pays reste le 2ème au monde pour cette cause de mortalité des femmes. Par contre les taux de malnutrition globale et de malnutrition sévère chez les enfants se sont aggravés ces dernières années. L’Afghanistan détient le triste record mondial de la mortalité des enfants de moins de cinq ans. Dans certaines provinces (sud-est, centre et ouest) les ratios d’offre de soins médicaux sont de un médecin pour 32 000 à 215 000 habitants.
À partir du retrait des troupes soviétiques, en 1989, le pays avait glissé vers l’indifférence. Il faudra les attentats du 11 septembre 2001 pour que l’Afghanistan revienne au premier plan de l’agenda politique des pays occidentaux.
S’engage-t-on vers le même scénario alors que, sur le fond, demeurent, en interne comme au niveau régional, nombre d’ingrédients du conflit ?
Pour nourrir la violence, s’entremêlent intimement les racines propres à la situation afghane avec celles, importées, qui la perfusent de l’extérieur.
Il faut espérer que l’Afghanistan, libéré de toute présence étrangère sur son sol, finira par échapper à cette double logique et, dans un cas comme dans l’autre, à trouver les voies d’une résolution politique, pour, enfin, cesser d’être le pays de « l’éternité en guerre ». Mais il n’y arrivera pas sans une réelle prise en compte de la dimension régionale de ce conflit.
Comment imaginer un avenir quelconque qui ne ferait pas une place à la jeunesse de ce pays ?
Mais de là à vous dire dans quelle mesure elle pourra peser…



[1]  Pierre Micheletti, « L'Afghanistan, nouveau paradigme humanitaire »,  Le Monde 14 août 2010
[2]  Pierre Micheletti,  « Les humanitaires victimes des logiques d'État », le Monde Diplomatique, juin 2007